Et comme la multitude des lois fournit souvent des excuses aux vices, en
sorte qu’un Etat est bien mieux réglé lorsque, n’en ayant que fort peu,
elles y sont fort étroitement observées : ainsi au lieu de ce grand
nombre de préceptes dont la logique est composée, je crus que j’aurais
assez des quatre suivants, pourvu que je prisse une ferme et constante
résolution de ne manquer pas une seule fois à les observer.

Le premier était de ne recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je
ne la connusse évidemment être telle : c’est-à-dire, d’éviter
soigneusement la précipitation et la prévention ; et de ne comprendre
rien de plus en mes jugements, que ce qui se présenterait si clairement
et si distinctement à mon esprit, que je n’eusse aucune occasion de le
mettre en doute.

Le second, de diviser chacune des difficultés que j’examinerais en
autant de parcelles qu’il se pourrait, et qu’il serait requis pour les
mieux résoudre.

Le troisième, de conduire par ordre mes pensées, en commençant par les
objets les plus simples et les plus aisés à connaître, pour monter peu à
peu comme par degrés jusqu’à la connaissance des plus composés : et
supposant même de l’ordre entre ceux qui ne se précèdent point
naturellement les uns les autres.

Et le dernier, de faire partout des dénombrements si entiers, et des
revues si générales, que je fusse assuré de ne rien omettre.

DESCARTES, Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et
chercher la vérité dans les sciences (1637).
