DESCARTES, Discours de la méthode pour bien conduire sa raison et
chercher la vérité dans les sciences (1637) / Extrait n°3 /
Mathématiques et science des mœurs

« Je me plaisais surtout aux mathématiques, à cause de la certitude et
de l’évidence de leurs raisons ; mais je ne remarquais point encore leur
vrai usage, et pensant qu’elles ne servaient qu’aux arts mécaniques, je
m’étonnais de ce que leurs fondements étant si fermes et si solides, on
n’avait rien bâti dessus de plus relevé. Comme au contraire je comparais
les écrits des anciens païens, qui traitent des mœurs, à des palais fort
superbes et fort magnifiques, qui n’étaient bâtis que sur du sable, et
sur de la boue. Ils élèvent fort haut les vertus, et les font paraître
estimables par dessus toutes les choses qui sont au monde ; mais ils
n’enseignent pas assez à les connaître, et souvent ce qu’ils appellent
d’un si beau nom n’est qu’une insensibilité, ou un orgueil, ou un
désespoir, ou un parricide. »
