Pour ce qui regarde le Catholique, il ne cessera partout de louer Dieu de la continuelle protection qu’il donne à son Eglise, pour en maintenir la simplicité et la droiture inflexible, au milieu des subtilités dont on embrouille les vérités de l’Evangile. La perversité des hérétiques sera un grand spectacle aux humbles de cœur. Ils apprendront à mépriser, avec la science qui enfle, l’éloquence qui éblouit ; et les talents que le monde admire leur paraîtront peu de chose, lorsqu’ils verront tant de vaines curiosités et tant de travers dans les savants ; tant de déguisements et tant d’artifice dans la politesse du style ; tant de vanité, tant d’ostentation, et des illusions si dangereuses parmi ceux qu’on appelle beaux esprits ; et enfin tant d’arrogance, tant d’emportement, et ensuite des égarements si fréquents et si manifestes dans les hommes qui paraissent grands, parce qu’ils entraînent les autres. On déplorera les misères de l’esprit humain, et on connaîtra que le seul remède à de si grands maux est de savoir se détacher de son propre sens ; car c’est ce qui fait la différence du catholique et de l’hérétique. Le propre de l’hérétique, c’est-à-dire, de celui qui a une opinion particulière, est de s’attacher à ses propres pensées ; et le propre du catholique, c’est-à-dire, de l’universel, est de préférer à ses sentiments le sentiment commun de toute l’Eglise : c’est la grâce qu’on demandera pour les errants. Cependant on sera saisi d’une sainte et humble frayeur, en considérant les tentations si dangereuses et si délicates que Dieu envoie quelquefois à son Eglise, et les jugements qu’il exerce sur elle ; et on ne cessera de faire des vœux pour lui obtenir des pasteurs également éclairés et exemplaires, puisque c’est faute d’en avoir eu beaucoup de semblables que le troupeau racheté d’un si grand prix a été si indignement ravagé.
Préface 29
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