Dans le chapitre X, la vraie foi est attribuée aux seuls prédestinés par ces paroles : « Chacun doit tenir pour indubitable, que s'il croit, et qu'il soit en Jésus-Christ, il est prédestiné. » Et un peu après : « Si nous communiquons avec Jésus-Christ, et qu'il soit à nous, et nous à lui par la vraie foi, ce nous est un témoignage assez clair et assez ferme que nous sommes écrits au livre de vie. » Par là il paraît que la vraie foi, c'est-à-dire la foi justifiante, n'appartient qu'aux seuls élus; que cette foi et cette justice ne se perd jamais finalement ; et que la foi temporelle n'est pas la vraie foi justifiante. Ces mêmes paroles semblent établir la certitude absolue de la prédestination : car encore qu'on la fasse dépendre de la foi, c'est une doctrine reçue dans tout le parti protestant, que le fidèle, puisqu'il dit : *Je crois,* sent la vraie foi en lui-même. Mais en cela ils n'entendent pas la séduction de notre amour-propre, ni le mélange de nos passions si étrangement compliquées, que nos propres dispositions et les motifs véritables qui nous font agir sont souvent la chose du monde que nous connaissons avec le moins de certitude ; de sorte qu'en disant : *Je crois,* avec ce père affligé de l'Evangile, quelque touchés que nous nous sentions, et quand nous pousserions à son exemple des cris lamentables, accompagnés d'un torrent de larmes, nous devons toujours ajouter avec lui : « Aidez, Seigneur, mon incrédulité ; » et montrer par ce moyen que dire : *Je crois,* c'est plutôt en nous un effort pour produire un si grand acte qu'une certitude absolue de l'avoir produit.
Livre X, chapitre 62.
Volume XIV, page 449.
