Des harangues on passa bientôt aux conférences particulières,
principalement sur la Cène, où l'évêque de Valence et Duval l’évêque de
Séez, à qui une demi-érudition, pour ne point encore parler des autres
motifs, donnaient une pente secrète vers le calvinisme, ne songeaient
non plus que les ministres qu'à trouver quelque formulaire ambigu, où
sans entrer dans le fond , on contentât en quelque façon les uns et les
autres.

 

1 _Epist. Bez. ad Calv., inter ep. Calv.,_ p. 330.— 2 Thuan., XXVIII,
48.

 

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Les fortes expressions que nous avons vues dans la confession de foi qui
fut alors présentée, étaient assez propres à ce jeu : mais les ministres
ne laissèrent pas d'y ajouter des choses qu'il ne faut pas oublier.
C'est ce qui paraît surprenant : car comme ils devaient avoir fait leur
dernier effort pour bien expliquer leur doctrine dans leur confession de
foi qu'ils venaient de présenter à une assemblée si solennelle, il
semble qu'interrogés sur leur croyance, ils n'avaient qu'à se rapporter
à ce qu'ils en avaient dit dans un acte si authentique : mais ils ne le
firent pas, et voici comme ils proposèrent leur doctrine d'un commun
consentement. « Nous confessons la présence du corps et du sang de
Jésus-Christ en sa sainte Cène, où il nous donne véritablement la
substance de son corps et de son sang par l'opération de son
Saint-Esprit ; et que nous recevons et mangeons spirituellement et par
foi ce même vrai corps qui a été immolé pour nous pour être os de ses os
et chair de sa chair, et pour être vivifiez, et en recevoir tout ce qui
est utile à notre salut ; et parce que la foi appuyée sur la promesse de
Dieu rend présentes les choses reçues, et qu'elle prend réellement et de
fait le vrai corps naturel de Notre-Seigneur par la vertu du
Saint-Esprit, en ce sens nous croyons et reconnaissons la présence du
propre corps et du propre sang de Jésus-Christ dans la Cène. » Voilà
toujours ces grandes phrases, ces pompeuses expressions et ces longs
discours pour ne rien dire. Mais avec toutes ces paroles ils ne crurent
pas s'être encore assez expliqués ; et bientôt après ils ajoutèrent «
que la distance des lieux ne peut empêcher que nous ne participions au
corps et au sang de Jésus-Christ, puis que la Cène de Notre-Seigneur est
une chose céleste ; et qu'encore que nous recevions sur la terre par nos
bouches le pain et le vin comme les vrais signes du corps et du sang,
nos âmes, qui en sont nourries, enlevées au ciel par la foi et
l'efficace du Saint-Esprit, jouissent du corps présent et du sang de
Jésus-Christ; et qu'ainsi le corps et le sang sont vraiment unis au pain
et au vin , mais d'une manière sacramentelle, c'est-à-dire non selon le
lieu ou la naturelle position des corps, mais en tant qu'ils signifient
efficacement que Dieu donne ce corps et ce sang à ceux qui participent
fidèlement aux signes mêmes,

 

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et qu'ils les reçoivent vraiment par la foi. » Que de paroles pour dire
que les signes du corps et du sang reçus avec foi nous unissent par
cette foi inspirée de Dieu au corps et au sang qui sont au ciel ! Il
n'en fallait pas davantage pour s'expliquer nettement ; et cette
jouissance substantielle du corps vraiment et réellement présent, et les
autres termes semblables ne servent qu'à entretenir des idées confuses,
au lieu de les démêler, comme on est obligé de faire dans une
explication de la foi. Mais dans cette simplicité que nous demandons,
les chrétiens n'eussent pas trouvé ce qu'ils désiraient, c'est-à-dire la
vraie présence de Jésus-Christ en ses deux natures ; et privés de cette
présence ils auraient ressenti, pour ainsi parler, un certain vide,
qu'au défaut de la chose même les ministres tâchaient de remplir par
cette multiplicité de grandes paroles et par leur son magnifique.
Livre IX, chapitre 94.
Volume XIV, page 399.
