C'était donc la difficulté du nouveau dogme, ou, comme on parle à
présent, du nouveau système de Luther : Comment, sans prêtre être assuré
et sans pouvoir l'être qu'on fût vraiment pénitent et vraiment converti,
on ne laissait pas d’être assuré d’avoir le pardon entier de ses péchés
? Mais c'était assez, disait Luther, d'être assuré de sa foi. Nouvelle
difficulté, d'être assuré de sa foi sans l'être de la pénitence, que la
foi, selon Luther, produit toujours. Mais, répond-il (1), le fidèle peut
dire : _Je crois_, et par là sa foi lui devient sensible ; comme si le
même fidèle ne disait pas de la même sorte : _Je me repens_, et qu'il
n'eût pas le même moyen de s'assurer de sa repentance. Que si l'on
répond enfin que le doute lui reste toujours, s'il se repent comme il
faut, j'en dis autant de la foi ; et tout aboutit à conclure que le
pécheur se tient assuré de sa  justification, sans pouvoir être assuré
d'avoir accompli comme il faut la condition que Dieu exigeait de lui
pour l'obtenir.
C'était encore ici un nouvel abîme. Quoique la foi, selon

 

1 _Ass_., art. _damnat_., tom. II, ad prop. 14.

 

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Luther, ne disposât pas à la justification (car il ne pouvait souffrir
ces dispositions), c'en était la condition nécessaire, et l'unique moyen
que nous eussions pour nous approprier Jésus-Christ et sa justice. Si
donc après tout l'effort que fait le pécheur de se bien mettre dans
l'esprit que ses péchés lui sont remis par sa foi, il venait à dire en
lui-même : Qui me dira, faible et imparfait comme je suis, si j'ai cette
vraie foi qui change le cœur? C'est une tentation, selon Luther. Il
faut croire que tous nos péchés nous sont remis par la foi, sans
s'inquiéter si cette foi est telle que Dieu la demande, et même sans y
penser : car y penser seulement, c'est faire dépendre la grâce et la
justification d'une chose qui peut être en nous ; ce que la gratuité,
pour ainsi parler, de la justification, selon lui, ne souffrait pas.
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