La justification, c'est la grâce qui nous remettant nos péchés, nous
rend en même temps agréables à Dieu. On avait cru jusqu'alors que ce qui
faisait cet effet devait à la vérité venir de Dieu, mais enfin devait
être en nous ; et que pour être justifié, c'est-à-dire de pécheur être
fait juste, il fallait avoir en soi la justice, comme pour être savant
et vertueux, il faut avoir en soi la science et la vertu. Mais Luther
n'avait pas suivi une idée si simple. Il voulait que ce qui nous
justifie, et ce qui nous rend agréables aux yeux de Dieu, ne fût rien en
nous ; mais que nous fussions justifiés, parce que Dieu nous imputait la
justice de Jésus-Christ comme si elle eût été la nôtre propre, et parce
qu'en effet nous pouvions nous l'approprier par la foi.

Mais le secret de cette foi justifiante avait encore quelque chose de
bien particulier : c'est qu'elle ne consistait pas à croire en général
au Sauveur, à ses mystères et à ses promesses ; mais à croire
très-certainement, chacun dans son cœur, que tous nos péchés nous
étaient remis. On était justifié, disait sans cesse Luther, dès qu'on
croyait l'être avec certitude ; et la certitude qu'il exigeait n'était
pas seulement cette certitude morale, qui fondée sur des motifs
raisonnables exclut l'agitation et le trouble : mais une certitude
absolue, une certitude infaillible, où le pécheur devait croire qu'il
était justifié, de la même foi dont il croit que Jésus-Christ est venu
au monde (2). Sans cette certitude il n'y avait point de justification
pour le fidèle : car il ne pouvait, lui disait-on, ni invoquer Dieu, ni se
confier en lui seul, tant qu'il avait le moindre doute, non-seulement de
la bonté divine en général, mais encore de la bonté particulière par
laquelle Dieu imputait à chacun de nous la justice de Jésus-Christ ; et
c'est ce qui s'appelait la foi spéciale.
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