C'est ainsi que dans le quinzième siècle ce cardinal, le plus grand
homme de son temps, en déplorait les maux et en prévoyait la suite
funeste : par où il semble avoir prédit ceux que Luther allait apporter
à toute la chrétienté en commençant par l'Allemagne ; et il ne s'est pas
trompé, lorsqu'il a cru que la réformation méprisée, et la haine
redoublée contre le clergé, allait enfanter une secte plus redoutable à
l'Eglise que celle des Bohémiens. Elle est venue cette secte sous la
conduite de Luther ; et en prenant le titre de Réforme, elle s'est
vantée d'avoir accompli les vœux de toute la chrétienté, puisque la
réformation était désirée par les peuples, par les docteurs et parles
prélats catholiques. Ainsi pour autoriser cette réformation prétendue,
on a ramassé avec soin ce que les auteurs ecclésiastiques ont dit contre
les désordres et du peuple et du clergé même. Mais c'est ,une illusion
manifeste, puisque de tant de passages qu'on allègue, il n'y en a pas un
seul où ces docteurs aient seulement songé à changer la foi de l'Eglise
; à corriger son culte, qui consistait principalement dans le sacrifice
de l'autel ; à renverser l'autorité de ses prélats, et principalement
celle du Pape, qui était le but où tendait toute cette nouvelle
réformation, dont Luther était l'architecte.
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