Diverses dispositions de l’entendement (Introduction à la Philosophie, chap. I, art. 14.)
Démonstration, science (art. 13)
Les trois opérations de l’esprit (art. 13). Simple doute et doute raisonné (art. 14). Science, ignorance. L’ignorance et l’erreur. Foi. Doute, opinion. Le vraisemblable et le certain. Foi divine, foi humaine. Douter, savoir, ignorer, errer, croire sur le témoignage d’autrui, douter, opiner, en croire Dieu, en croire l’homme.
Voilà ce qui s’appelle les trois opérations de l’esprit. La première ne juge de rien, et ne discerne pas tant le vrai d’avec le faux qu’elle prépare la voie au discernement en démêlant les idées. La seconde commence à juger, car elle reçoit comme vrai ou faux ce qui est évidemment tel, et n’a pas besoin de discussion. Quand elle ne voit pas clair, elle doute, et laisse la chose à examiner au raisonnement, où se fait le discernement parfait du vrai et du faux.
Mais on peut douter en deux manières : car on doute premièrement d’une chose avant que de l’avoir examiné, et on en doute quelquefois encore plus après l’avoir examinée. Le premier doute peut être appelé un simple doute ; le second peut être appelé un doute raisonné, qui tient beaucoup du jugement, parce que, tout considéré, on prononce avec connaissance de cause que la chose est douteuse.
Quand par le raisonnement on entend certainement quelque chose, qu’on en comprend les raisons et qu’on a acquis la facilité de s’en ressouvenir, c’est ce qui s’appelle science. Le contraire s’appelle ignorance.
Il y a de la différence entre ignorance et erreur. Errer, c’est croire ce qui n’est pas ; ignorer, c’est simplement ne le savoir pas.
Parmi les choses qu’on ne sait pas, il y en a qu’on croit sur le témoignage d’autrui : c’est ce qui s’appelle foi. Il y en a sur lesquelles on suspend son jugement et avant et après l’examen : c’est ce qui s’appelle doute. Et quand, dans le doute, on penche d’un côté plutôt que d’un autre, sans pourtant rien déterminer absolument, cela s’appelle opinion.
Lorsque l’on croit quelque chose sur le témoignage d’	autrui, ou c’est Dieu qu’on en croit, et alors c’est la foi divine ; ou c’est l’homme, et alors c’est la foi humaine.
La foi divine n’est sujette à aucune erreur, parce qu’elle s’appuie sur le témoignage de Dieu, qui ne peut tromper ni être trompé.
La foi humaine, en certain cas, peut aussi être indubitable, quand ce que les hommes rapportent passe pour constant dans tout le genre humain, sans que personne le contredise : par exemple qu’il y a une ville nommée Alep, et un fleuve nommé Euphrate, et une montagne nommée Caucase, et ainsi du reste ; ou quand nous sommes très assurés que ceux qui nous rapportent quelque chose qu’ils ont vue n’ont aucune raison de nous tromper, tels que sont, par exemple, les apôtres, qui dans les maux que leur attirait le témoignage de qu’ils rendaient à Jésus-Christ ressuscité, ne pouvaient être portés à le rendre constamment jusqu’à la mort que par l’amour de la vérité.
Hors de là, ce qui n’est certifié que par les hommes peut être cru comme plus vraisemblable, mais non pas comme certain.
