
« Comme après avoir observé les effets d'une maladie, et le ravage qu'elle fait dans un corps, on en recherche la cause pour y appliquer les remèdes convenables ; ainsi, après avoir vu cette perpétuelle instabilité des églises protestantes, fâcheuse maladie de la chrétienté, il faut aller au principe, pour apporter si l'on peut, un secours proportionné à un si grand mal. La cause des variations, que nous avons vues dans les sociétés séparées, est de n'avoir pas connu l'autorité de l'Église, les promesses qu'elle a reçues d'en haut, ni en un mot ce que c'est que  l'Église même. Car c'était là le point fixe sur lequel il fallait appuyer toutes les démarches qu'on avait à faire » XV, 1

« Ce principe d'instabilité de la Réformation prétendue a paru dans toute la suite de cet ouvrage : mais il est temps de le remarquer avec une attention particulière, en montrant, dans les sentiments confus de nos frères séparés, sur l'article de l'Église, les variations qui ont causé toutes les autres » XV, 2

« La doctrine de l'Église catholique consiste en quatre points dont l'enchaînement est inviolable : l'un, que l'Église est visible ; l'autre, qu'elle est toujours ; le troisième, que la vérité de l'Évangile y est toujours professée par toute la société ; le quatrième, qu'il n'est pas permis de s'éloigner de sa doctrine : ce qui veut dire en autres termes, qu'elle est infaillible » XV, 3

« Le premier point est fondé sur un fait constant : c'est que le terme d'Église signifie toujours dans l'Écriture, et ensuite dans le langage commun des fidèles, une société visible »

« Le second point, que l'Église est toujours, n'est pas moins constant, puisqu'il est fondé sur les promesses de Jésus-Christ, dont on convient dans tous les partis »

« De là on infère très clairement le troisième point, que la vérité est toujours professée par la société de l'Église : car l'Église n'étant visible que par la profession de la vérité, il s'ensuit que si elle est toujours, et qu'elle soit toujours visible, il ne se peut qu'elle n'enseigne et ne professe toujours la vérité de l'Évangile : d'où suit aussi clairement le quatrième point, qu'il n'est pas permis de dire que l'Église soit dans l'erreur, ni de s'écarter de sa doctrine ; et tout cela est fondé sur la promesse, qui est avouée dans tous les partis ; puisqu'enfin la même promesse, qui fait que l'Église est toujours, fait qu'elle est toujours dans l'état qu'emporte le terme d'Église : par conséquent toujours visible, et toujours enseignant la vérité »

« Cette doctrine est si claire, que les Protestants ne l'ont pu nier ; elle emporte si clairement leur condamnation, qu'ils n'ont pu aussi la reconnaître : c'est pourquoi ils n'ont songé qu'à l'embrouiller ; et ils n'ont pu s'empêcher de tomber dans les contradictions que nous allons raconter » XV, 4

« qu'il y a une Église sainte, qui doit subsister éternellement » article 7 de la Confession d'Ausbourg.
« L'Église c'est l'assemblée des saints, où l'on enseigne bien l'Évangile, et où l'on administre bien les sacrements »
« La question est, après cela, comment il peut arriver qu'on accuse l'Église d'erreur ou dans la doctrine ou dans l'administration des sacrements ; car, si cela pouvait arriver, la définition de l'Église serait fausse ; et si cela ne peut arriver, la Réforme, qui accusait l'Église d'erreur, portait sa condamnation dans son propre titre. Qu'on remarque la difficulté : car ç'a été dans les Églises protestantes la première source des contradictions que nous avons à y remarquer » XV, 5


« les Catholiques trouvèrent mauvais qu'on eût défini l'Église l'Assemblée des saints ; et ils dirent que les méchants et les hypocrites , qui sont unis à l'Église par les liens extérieurs, ne devaient pas être exclus de leur unité » XV, 7


« Nous n'avons pas rêvé que l'Église soit la cité de Platon (qu'on ne trouve point sur la terre) : nous disons que l'Église existe : qu'il y a de vrais croyants, et de vrais justes répandus par tout l'univers : nous y ajoutons les marques, l'Évangile pur, et les sacrements » (Mélancton, apologie de la C d'A)

« par ces douces paroles on tâchait de remédier à l'inconvénient de reconnaître de la corruption dans les dogmes de l'Église, après avoir fait entrer dans son essence la pure prédication de la vérité » XV, 8

Mélancton, Confession saxonique : « Dieu veut que le ministère de l'Évangile soit public : il ne veut pas que la prédication soit renfermée dans les ténèbres, mais qu'elle soit entendue de tout le genre humain ; il veut qu'il y ait des assemblées où elle résonne, et où son nom soit loué et invoqué » XV, 10

Confession de Strasbourg : « la société de ceux qui se sont enrôlés dans la milice de Jésus-Christ, parmi lesquels il se mêle beaucoup d'hypocrites » XV, 13 « l'Église étant sur la terre dans la chair, Dieu veut aussi l'instruire par la parole extérieure, et faire garder à ses fidèles une société extérieure par le moyen des sacrements »

Confession helvétique de 1566 : « qui a toujours été, qui est, et qui sera toujours l'assemblée des fidèles et des saints qui connaissent Dieu, et le servent par la parole et le Saint-Esprit » XV, 15 « c'est pourquoi on dit ensuite que la légitime et véritable prédication en est la marque principale, à laquelle il faut ajouter les sacrements comme il les a institués. D'où l'on conclut que les Églises qui sont privées de ces marques, quoiqu'elles vantent la succession de leurs évêques, leur unité et leur ancienneté, sont éloignées de la vraie Église de Jésus-Christ ; et qu'il n'y a point de salut hors de l'Église, non plus que hors de l'arche. Je demande qu'on remarque ces paroles, qui seront d'une grande conséquence, quand il faudra venir aux dernières réponses des ministres : mais en attendant remarquons qu'on ne peut pas enseigner clairement que l'Église est toujours visible, et qu'elle est nécessairement composée de pasteurs et de peuple »

Commencement de variation. L'Église invisible. « non que les hommes dont elle est composée le soient, mais parce qu'elle est souvent cachée à nos yeux, et que connue de Dieu seul elle échappe à la vue des hommes » XV, 16

« Voilà le dogme de l'Église invisible aussi clairement établi que le dogme de l'Église visible l'avait été, c'est-à-dire que la Réforme, frappée d'abord de la vraie idée de l'Église, la définit de manière que sa visibilité est de son essence ; mais qu'elle est jetée dans d'autres idées par l'impossibilité de toujours une Église toujours visible de sa croyance »

Confession belgique. Difficulté. Confession anglicane. Ambiguïté. Confession d'Ecosse. Contradiction.

« J'ai réservé la Confession des prétendus Réformés de France pour la dernière, non seulement à cause de l'intérêt particulier que je dois prendre à ma patrie, mais encore à cause que c'est en France que les prétendus Réformés ont cherché depuis très longtemps avec le plus de soin le dénouement de cette difficulté » XV, 21

Catéchisme des prétendus Réformés de France. « On l'a vue, et on la prévient dans le dimanche suivant, où, après avoir demandé si cette Église se peut connaître autrement qu'en la croyant, on répond ainsi : Il y a bien l'Église de Dieu visible, selon qu'il nous a donné des enseignes pour la connaître ; mais ici (c'est dans le symbole) il est parlé proprement de la compagnie de ceux que Dieu a élus pour les sauver, laquelle ne se peut pas pleinement voir à l'œil »

« d'où l'on conclut que hors de l'Église il n'y a que damnation et mort ; et que tous ceux qui se séparent de la communion des fidèles, pour faire secte à part, ne doivent espérer salut, cependant qu'ils sont en division » XV, 22

Sentiment de Calvin.
« Toutes ces idées du catéchisme étaient prises de Calvin qui l'a composé : car en expliquant l'article, Je crois l'Eglise catholique, il distingue l'Église visible d'avec l'invisible connue de Dieu seul ; et il semble vouloir dire que c'est de celle-là qu'il est parlé dans le Symbole : Encore, dit-il, que cet article regarde en quelque façon l'Église externe, comme si c'étaient deux Églises, et qu'au contraire ce ne fût pas un fait constant que la même Église, qui est invisible dans ses dons intérieurs, se déclare par les sacrements et par la profession de sa foi. Mais c'est qu'on tremble toujours dans la Réforme, lorsqu'il s'agit de reconnaître la visibilité de l'Église » XV, 23

Confession de foi des Calvinistes de France. « On agit plus naturellement dans la Confession de foi » « Dans l'article XXVII, on avertit qu'il faut discerner avec soin quelle est la vraie Église : paroles qui font bien voir qu'on la suppose visible ; et après avoir décidé que c'est la compagnie des vrais fidèles, on ajoute que parmi les fidèles il y a des hypocrites et des réprouvés dont la malice ne peut effacer le titre d'Église : où la visibilité de l'Église est de nouveau clairement supposée » XV, 25
«on avouait simplement que l'Église était en ruines, sans distinguer la visible d'avec l'invisible ; parce qu'on était entré dans les idées simples où nous mène naturellement l'Écriture, de ne reconnaître d'Église qui ne soit visible » XV, 27

Synodes de Gap et de la Rochelle. « C'est donc un fait bien avoué, que lorsqu'il s'agit s'expliquer la doctrine de l'Église, article si essentiel au christianisme, qu'il a même été énoncé dans le Symbole, l'idée d'Église invisible ne vint pas seulement dans l'esprit aux Réformateurs ; tant elle était éloignée du bon sens et peu naturelle. On s'avise pourtant dans la suite qu'on en a besoin, parce qu'on ne peut trouver d'Église qui ait toujours visiblement persisté dans la croyance qu'on professe ; et on cherche le remède à cette omission » XV, 28

Etat présent de la controverse de l'Église. « Voilà un beau champ ouvert aux Catholiques ; aussi ont-ils tellement pressé les arguments de l'Église et du ministère, que le désordre s'est mis dans le camp ennemi, et que le ministre Claude, après avoir poussé la subtilité plus loin qu'on n'avait jamais fait, n'a pu contenter le ministre Jurieu. Ce qu'ils ont dit l'un et l'autre sur cette matière, les pas qu'ils ont faits vers la vérité, les absurdités où ils sont tombés pour n'avoir pas assez suivi leur principe, ont mis la question de l'Église dans un état que je ne puis dissimuler sans omettre un des endroits les plus essentiels de cette histoire » XV, 33

« Ces deux ministres supposent que l'Église est visible et toujours visible ; et ce n'est pas en cet endroit qu'ils se partagent » XV, 34

« que la question entre les Catholiques et les Protestants n'est pas si l'Église est visible ; qu'on ne nie pas dans sa religion que la vraie Église de Jésus-Christ, celle que ses promesses regardent, ne le soit »

« Ainsi la perpétuité du ministère n'est pas une chose qui arrive par hasard à l'Église, ou qui lui convienne pour un temps : c'est une chose qui lui est promise par Jésus-Christ même ; et il est aussi assuré que l'Église ne sera point sans un ministère visible, qu'il est assuré que Jésus-Christ est la vérité éternelle » XV, 35

« Où l'on voit la profession de la vérité et la perpétuité du ministère visible entrer manifestement dans la définition de l'Église : d'où il s'ensuit clairement qu'autant qu'il est assuré que l'Église sera toujours, autant est-il assuré qu'elle sera toujours visible ; puisque la visibilité est de son essence, et qu'elle entre dans sa définition » XV, 37

Embarras et contradiction inévitable. « Mais c'est là qu'est l'embarras d'où on ne sort point : car les Catholiques en reviennent à leur ancienne demande : Si la vraie Église est toujours visible ; si la marque pour la reconnaître, selon tous vos Catéchismes et toutes vos Confessions de foi, est la pure prédication de l'Évangile et la droite administration des sacrements : ou l'Église romaine avait ces deux marques, et en vain les veniez-vous réformer : ou elle ne les avait pas, et vous ne pouvez plus dire, selon vos principes, qu'elle est le corps où est renfermée la vraie Église » XV, 41

Les réponses par où l'on tombe dans un plus grand embarras.
« D'autre côté on ne peut pas dire ni que l'Église ait cessé, ni qu'elle est cessé d'être visible : les promesses de Jésus-Christ sont trop claires ; et il faut bien trouver moyen de les concilier avec la doctrine de la Réforme » XV, 42

Autre inconvénient.
« la vraie Église  est donc encore, et on y peut encore faire son salut » 43 «M. Claude n'en a pas voulu demeurer d'accord : les conséquences d'un si grand aveu l'ont fait trembler pour la Réforme. Mais M. Jurieu a franchi le pas, et il a vu que les différences qu'avait apportées M. Claude entre nos pères et nous, étaient trop vaines pour s'y arrêter »

Claude.
« la première est qu'à présent il y a un corps dont on peut embrasser la communion : et c'est le corps des prétendus Réformés ; la seconde est, que l'Église romaine a passé en articles de foi beaucoup de dogmes qui n'étaient pas décidés du temps de nos pères. Mais il n'y a rien de plus vain ; et pour convaincre le ministre Claude, il n'y a qu'à se souvenir de ce que le ministre Claude vient de nous dire » 44
« Et néanmoins il avoue dans tous ces endroits qu'il n'était point nécessaire de s'unir avec ces sectes pour être sauvé, et que Rome contenait encore les élus de Dieu »

« Joignons à cela que M. Claude, qui nous fait la différence si grande entre les temps qui ont précédé et ceux qui ont suivi la Réformation, sous prétexte qu'on a depuis parmi nous passé en dogme de foi des articles indécis auparavant, a lui-même détruit cette réponse, en disant qu'il n'était pas plus malaisé au peuple de s'abstenir de croire et de pratiquer ce qui avait été passé en dogme, que de s'abstenir de croire et de pratiquer ce que le ministère enseignait, ce qu'il commandait, et ce qui s'était rendu commun ; de sorte que ce grand mot de passer en dogme, dont il fait un épouvantail à son parti, dans le fond n'est rien selon lui-même » 44

Fausseté. « A ces inconvénients de la doctrine de M. Claude, je joins encore une fausseté palpable, à laquelle il a été obligé par son système. C'est de dire que les vrais fidèles, qu'il reconnaît dans l'Église romaine avant la Réformation, y ont subsisté sans communiquer ni aux dogmes, ni aux pratiques corrompues qui y étaient ; c'est-à-dire sans assister à la messe, sans se confesser, sans communier ni à la vie ni à la mort, en un mot sans jamais faire aucun acte de catholique romain » 45
« de tous ceux qui ont embrassé le luthéranisme ou le calvinisme, il ne s'en est pas trouvé un seul qui ait dit en les embrassant, qu'il ne changeait point de croyance, et qu'il ne faisait que déclarer ce qu'il avait toujours cru dans son cœur »

« on n'aurait jamais manqué d'écrire ce qui décidait une des parties les plus essentielles de tout le procès, c'est-à-dire la question, si avant Luther et Zuingle il y avait quelqu'un de leur croyance, ou si elle était absolument inconnue. Cette question était décisive ; parce que personne ne pouvant penser que la vérité eût été éteinte, il s'ensuivait clairement que toute doctrine qu'on ne trouvait plus sur la terre n'était pas la vérité. Les exemples tranchaient tout le doute en cette matière ; et si l'on en eût eu, il est clair qu'on les aurait rendus publics : mais on n'en a produit aucun : c'est donc qu'il n' en avait point ; et le fait doit demeurer pour constant » 46


Jurieu
« La question était en cet état lorsque M. Jurieu a mis au jour son nouveau système de l'Église. Il n'y eut pas moyen de soutenir la différence que son confrère avait voulu mettre entre nos pères et nous, ni de sauver les uns en damnant les autres. Il n'était pas moins ridicule, en faisant naître à Dieu des élus dans la communion romaine, de dire que ces élus de sa communion fussent ceux qui ne prenaient aucune part à sa doctrine, ni à son culte, ni à ses sacrements. M. Jurieu a senti que ces prétendus élus ne pouvaient être que des hypocrites ou des impies ; et il a enfin ouvert la porte du ciel, quoique avec beaucoup de difficultés, à ceux qui vivaient dans la communion de l'Église romaine. Mais afin qu'elle ne pût pas se glorifier de cet avantage, il l'a communiqué en même temps aux autres Églises partout où est répandu le christianisme, quelque divisées qu'elles soient entre elles, et encore qu'elles s'excommunient impitoyablement les unes les autres » (50)
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